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Extrait 2
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A ceux qui n'ont pas oublié leur rêves d'enfant (de l'auteur)
Ardor venait juste de rejoindre le bord du ravin lorsqu’un vent violent le projeta à
terre. S’il comprit tout de suite ce qui est en était la cause, il ne fut en mesure de se relever qu'une fois le Redblack à une vingtaine de mètres du sol. Fixant les dernières ondulations
qui finissaient de rendre l’appareil invisible, il poussa un solide juron puis ferma les yeux et se concentra. Son cristal se mit à bientôt briller doucement tandis que son esprit se liait
avec celui de Breinmaad.
— Maître, le Redblack vient d'être volé. Je ne peux rien faire seul, il faut que vous m’envoyiez des renforts pour que je puisse le poursuivre.
— Je vais faire le nécessaire, accepta le maître de l’Armée Noire, mais si tu échoues, ne compte pas sur ma clémence.
Sa colère serait à la mesure de la perte subie. Ce voyage temporel n’était pas la seule mission qu’il avait prévue pour le Redblack et son équipage. Pour cet autre projet, un matériel de
pointe avait été embarqué dans les soutes, équipement qui avait demandé des mois de préparation avant d’être opérationnel. Dans la foulée, toutes les données sensibles qui le concernaient
avaient été insérées dans l’ordinateur central du vaisseau. Pire, les mémoires bio-informatiques contenaient les plans de sa nouvelle station, ainsi que d’autres renseignements qu'il lui
serait très désagréable de savoir entre les mains de ses ennemis. L’échec était interdit.
— Je sais, répondit simplement Ardor avant que le cristal ne s'éteigne lentement avec la fin du contact.
L’attente fut de quelques minutes à peine avant de recevoir les renforts demandés. Dès que l'un des cinq chasseurs apparus au-dessus de sa tête l'eût récupéré par rayon tracteur, l’escouade
se lança à la poursuite du Redblack.
— Et merde ! lâcha Cobra lorsqu'il les repéra sur son radar.
Car ce n’était pas la seule mauvaise nouvelle. Ne comprenant pas comment les appareils de l’Armée Noire avaient pu retrouver leurs traces malgré l’onde d’invisibilité, il avait lancé un
diagnostic automatique. Le résultat fut explicite. Une panne anodine due à un faux contact privait le système d’une partie de ses capacités. Le vaisseau ne pouvait plus compter que sur une
protection visuelle, et encore, par intermittence.
— Et en plus le déflecteur déconne, maugréa-t-il.
L’évidence lui extirpa un soupir : il ne pourrait pas esquiver la confrontation. Sa première pensée fut d’éviter à tout prix que quoi que ce soit puisse se remarquer depuis les côtes. Tout en
essayant de maintenir une distance respectable avec ses poursuivants afin qu'ils ne puissent engager le combat trop tôt, il se débrouilla pour les emmener vers le large.
Les chasseurs ne le laissèrent pas manœuvrer à sa guise longtemps. Profitant d’une « apparition » du Redblack, ils tirèrent plusieurs salves au raz du déflecteur. Ce n’était que des coups de
semonce. L’ordre était de ramener le vaisseau le plus intact possible et même si cela l’enrageait, Ardor ne pouvait passer outre.
— Eh bien…, murmura Mark en réalisant la situation. On dirait que vous tenez à cet appareil…
Ce qui l’arrangeait. Il était difficile de mener le Redblack à deux, surtout pour un combat, et sans système de protection viable, l’équilibre des forces penchait clairement en faveur de ses
poursuivants. S’ils avaient voulu les détruire, l’affaire aurait pu être vite réglée, mais la donne avait changé. Leur choix de vouloir récupérer l’appareil leur offrait une échappatoire
qu’il comptait bien utiliser.
— Graig, occupe-toi des lasers !
Il y avait au moins trois mètres qui séparaient la console de navigation de celle des armes, il lui était impossible de faire les deux. Le rebelle regarda la zone où on lui demandait de se
rendre d’un œil sceptique. Avec sa jambe, il n’était pas certain de parvenir à bon port, surtout dans un vaisseau qui ne cessait de faire des cabrioles.
— Il faut que tu stabilises l’appareil, sinon j’y arriverai jamais.
Cobra fit de son mieux, mais l’espace d’équilibre fut très court. Une nouvelle absence du déflecteur avait permis à un tir d’effleurer les flancs du Redblack, le faisant tanguer de côté.
— Tu y es ? s’impatienta Mark.
— Je fais ce que je peux, bougonna Graig en se hissant tant bien que mal sur le siège après une chute très désagréable. C’est bon, vas-y ! lança-t-il dès qu’il se fut attaché.
Et tandis que le pirate faisait faire une nouvelle valse à l’appareil, il déverrouilla les lasers et prit l’une des commandes en main. Seul à les faire fonctionner alors que le système
exigeait deux personnes, il ne put mettre en œuvre toute la puissance de feu du Redblack. Malgré ses efforts, ils restèrent en constant désavantage face à leurs ennemis.
— Continuez donc comme ça…, murmura Mark en fixant d’un œil mauvais la transmission holographique des caméras arrière.
Les deux chasseurs étaient si proches que l’image n’était qu’un zoom sur leur face avant. Cobra inclina peu à peu son vaisseau, profitant de l’obscurité pour piquer vers l’immensité aquatique
sans que ses adversaires le réalisent tout de suite. Juste avant que les radars de proximités ne passent en alerte maximale, il plongea plus encore vers la surface puis redressa les commandes
d’un mouvement sec. Le Redblack frôla dangereusement la crête blanche des vagues, creusant une véritable crevasse sur son passage par la puissance de ses réacteurs. Pris de court alors même
qu’une alarme stridente les avertissait du danger, ses poursuivants cabrèrent leurs appareils dans un réflexe de panique. Mais il était déjà trop tard. Frappant l’eau à pleine vitesse, ils
explosèrent instantanément.
La course-poursuite entre le Redblack et l’Armée Noire se poursuivit à une vitesse bien supérieure à celle du son. De l’océan Atlantique, ils filèrent vers la stratosphère puis plongèrent à
nouveau vers une autre immensité, de sable cette fois.
— On ne peut pas continuer comme ça, se dit Ardor furieux de voir ce combat s’éterniser sans parvenir à immobiliser leur adversaire. Obligez-le à se poser, par tous les moyens ! ordonna-t-il
d’une voix sourde.
Alors qu’il venait d’atteindre le nord de l'Égypte, une région dominée par la Wehrmacht, le Redblack fut la cible de tirs en rafales cette fois sciemment destinés à briser ses déflecteurs.
Déjà en mauvaise posture, ceux-ci cédèrent au bout de la troisième salve. Touché simultanément au niveau des soutes et de son aileron arrière, il perdit brutalement de l’altitude sans que son
pilote puisse rien y faire.
— Ça va secouer ! prévint-il alors que le sol se rapprochait à grande vitesse.
Graig eut juste le temps de serrer sa ceinture avant que le vaisseau ne s'écrase à une vingtaine de kilomètres de la frontière qui séparait cette terre sous domination nazie. Le Sahara fut un
adversaire conciliant. Son océan de sable amortit sa chute au lieu de le faire exploser sous l’impact. Après avoir creusé le sol sur près d'un kilomètre, le Redblack termina sa route sous une
énorme dune. Sorte de chance dans son malheur, une tempête balayait la région depuis peu. Au summum de leurs puissances, les vents violents déplaçaient avec eux des montagnes de sable sur des
distances incroyables. Il leur suffit de quelques minutes pour gommer les traces laissées au sol, compliquant la tâche des chasseurs de l'Armée Noire.
— Je crois qu’il va falloir remettre les recherches à plus tard.
Ardor eut un geste de mauvaise humeur. Il se rendait bien compte que son pilote avait raison, mais cela le mettait hors de lui. Mais que faire d’autre ? Les détecteurs étaient devenus muets à
l’instant où les systèmes de propulsion et de communication du Redblack avaient lâché et la tempête rendait toute recherche à vue impossible.
— Relève notre position et va te poser en dehors de cette mélasse. On continuera demain au lever du soleil, ordonna-t-il d’un ton agacé.
Alors que les navettes prenaient leur distance avec la tempête, Mark s’extirpait peu à peu de l’inconscience. Éjecté de son siège lors de l’impact, il avait atterri sur le tableau de bord
avec une telle violence qu’il s’y était assommé. Le retour à la réalité fut lent et difficile. Il avait du mal à émerger de sa torpeur, et ce mal de tête de plus en plus présent ne l’y
encourageait pas. Il lui fut aussi pénible d'ouvrir les yeux que d'essayer de se relever. Sa vue était encore trouble et son équilibre précaire. Assis sur le sol du poste de contrôle, il prit
plusieurs inspirations et se concentra. Retrouvant enfin la maîtrise de ses sens, il jeta un œil autour de lui afin de se rendre compte de la situation.
Son premier regard avait été pour Graig. Bien qu’inconscient, il ne semblait pas avoir subi d’autres blessures. Jugeant son état sans danger, il se leva et rejoignit la console
principale.
— Voilà qui arrange nos affaires, murmura-t-il en réalisant qu'ils étaient enfouis sous un mètre de sable.
La protection était efficace, mais elle avait son revers. Cette autre face se dévoila au lever du soleil, souverain, sur l'immensité désertique. Très vite, le sable surchauffé fit grimper la
température interne du vaisseau.
— Tout est hors service, marmonna Mark après avoir vainement essayé de réanimer la climatisation.
Les générateurs de secours maintenaient un service minimal, service dont les systèmes périphériques non vitaux étaient exclus.
— Bon sang, c’est moi ou bien on est en train de cuire ici….
Graig venait juste de reprendre pied dans la réalité. Encore groggy, il avait du mal à faire de l’ordre dans ses pensées et la chaleur ambiante ne faisait rien pour arranger les choses.
— Désolé, je ne peux rien y faire, répondit Mark en se levant. Je vais chercher à boire.
La découverte de l’étage du dessous lui réserva une mauvaise surprise. Le réfectoire et ses réserves avaient été soufflés par la destruction des soutes arrière. Il ne restait quasiment rien,
ni en matériel ni en nourriture.
— Génial…, maugréa-t-il tout en regardant le sable qui avait envahi les lieux. Enfin, on pourra au moins sortir par là.
La destruction de l’aileron arrière avait laissé un trou béant qui pointait vers la surface. C’était la seule partie visible de l’appareil depuis l’extérieur, sorte de bouche ouverte qui
aspirait un vent terriblement chaud.
Mark retourna dans la salle de contrôle. Il annonça la mauvaise nouvelle tout en posant sur la console principale l’unique bouteille d’eau qu’il avait trouvée intacte. Ce n’est qu’au
grognement qui lui avait répondu qu’il jeta un œil sur le rebelle. Graig n’était visiblement pas au mieux de sa forme. Entre sa blessure à la jambe, les séquelles de leur atterrissage forcé
et la chaleur infernale du vaisseau, son état de conscience était très limite. Peut-être valait-il mieux éviter d’y ajouter un manque d’eau qui allait vite devenir problématique.
— Je vais voir ce que je peux trouver dans le coin, fit Mark en effleurant l’écran tactile de l’ArmComp. On avisera ensuite pour le reste.
Car les questions en suspens étaient nombreuses : éviter Ardor et ses hommes, rapatrier le Redblack et son contenu à leur époque, ne rien laisser derrière eux qui puisse changer le cours de
l’histoire.
Il chercha une carte de la région dans les mémoires de son ordinateur, espérant y trouver une présence humaine, une oasis ou tout au moins un point d’eau quelconque. Il dut vite se rendre à
l’évidence, les grandes oasis telles que Farafra ou Siwa étaient hors de portée. C’était regrettable, car il aurait aussi pu y trouver de la nourriture, ces îlots de vie au milieu du désert
abritant de véritables villages.
— Ça fera l’affaire, se dit-il en découvrant malgré tout une présence d’eau susceptible de leur venir en aide. Cinquante kilomètres, murmura-t-il. C’est pas la porte à côté.
L’idée de devoir faire une telle marche sous un soleil de plomb avait de quoi le refroidir. Il fallait pourtant bien que quelqu’un se dévoue et il n’y avait rien de plus proche que ces trois
possibilités posées au nord, à l’est et au sud du vaisseau.
— Pourquoi pas…, se dit-il en songeant que lors de la démonstration, Ardor lui avait présenté des véhicules tout terrain.
Il sentit son enthousiasme reprendre des forces. Voilà qui allait lui être très utile, s’il en restait un en état de marche à l’étage du dessous. Désormais prêt pour son excursion, il
s’approcha de Graig et le secoua doucement par l’épaule.
— Tu m’entends ? s’inquiéta-t-il tandis que le rebelle se réveillait en sursaut. Je vais aller chercher de l’eau. Si jamais je ne revenais pas et que l'Armée Noire s'approche de trop près,
fais sauter le vaisseau.
Mark désactiva complètement son ArmComp avant de se lever. Son rayonnement bioélectromagnétique était très faible, mais il préférait parer à toute éventualité. Les systèmes de détection des
navettes de l’Armée Noire devaient être en état d’alerte maximale, il valait donc mieux en faire trop que pas assez.
De retour dans les soutes, il chercha la zone où avait été entreposé le matériel à destination de la Wehrmacht. Comme partout ailleurs, tout était sens dessus dessous, mais une M14 half-track
n’avait pas trop souffert.
— Parfait, se dit-il après en avoir mis le moteur en marche grâce à un petit bidouillage électrique.
Restait à la faire sortir de là. La pente jusqu’au trou qui ornait la queue de l’appareil était praticable, en revanche, la montagne de sable qui avait tout envahi compliquait le parcours. Il
joua le tout pour le tout. Reculant jusqu’à l’autre extrémité des soutes, il prit le plus de vitesse possible et fonça droit devant lui en espérant que l’élan suffirait. Ce fut très limite,
la fin du parcours fut chaotique, mais le véhicule réussit à franchir l’obstacle à force de rotation de ses chenilles arrière.
Mark fut surpris en bien par l’engin qu’il conduisait. Bien que rattaché au sol, rudimentaire et peu confortable, il tenait une assez bonne moyenne compte tenu du terrain. Il lui fallut à
peine moins d’une heure pour atteindre le point d’eau, sorte de mini oasis, repérée à l'ouest du vaisseau. Il immobilisa son véhicule le plus près possible du plan d’eau entouré de quelques
palmiers et d’un peu de végétation, incroyable image au milieu de cette immensité de sable. Après avoir attrapé ce dont il avait besoin, il sauta à terre et s'en approcha d'un pas
tranquille.
À genoux près de la marre, il s’apprêtait à transvaser le contenu de son seau dans un bidon lorsqu'une voix s'éleva derrière lui.
— C'est gentil de nous épargner le soin de te chercher partout.
Mark fit volte-face sans pour autant lâcher l’anse du seau. Il se retrouva face à trois hommes en uniforme allemand dont le canon des fusils pointait droit dans sa direction. Il lui avait
suffi d’un regard pour reconnaître Ardor. Comment était-ce possible ? D’où est-ce qu’ils tombaient tous ? Et pourquoi est-ce qu’il ne les avait pas entendus venir ! Il n’était pas dans ses
habitudes de se laisser surprendre ainsi et cela le rendait furieux. Ce n’était pourtant pas le moment de se lancer dans une autocritique. Il lui fallait réagir, et vite ! La seconde
suivante, il jeta le contenu de son seau vers les trois hommes. Le projectile n’était pas bien dangereux, c’est d’ailleurs tout juste s’il put atteindre son objectif, mais Cobra comptait
uniquement sur leur réflexe de protection. L’instinct pouvait parfois être un traître. Surpris et concentrés sur cette arrivée d’eau, les soldats Noirs baissèrent leur garde un court instant,
espace de liberté dont il profita pour se précipiter vers eux. De son seau, il balaya les canons des fusils de côté, frappa sa première cible en plein visage puis balança son poing dans le
ventre de la seconde. Sous le choc, celle-ci se retrouva dans les bras de la troisième avant que tous deux n’aillent buter contre l'un des palmiers de la petite oasis.
Mark s’était élancé vers le M14 half-track sitôt le terrain dégagé, malheureusement, un soldat qu'il n'avait pas repéré coupa court à ses espoirs de fuite. Touché à la hanche par un tir
laser, le choc le fit trébucher avant qu’il n’aille s’assommer contre le pare-chocs de la voiture, prisonnier de son élan.
Il fallut une bonne demi-heure avant que Mark ne reprenne vraiment conscience. Sa première sensation fut une violente douleur à la hanche. Il ne réalisa qu'ensuite qu’il avait été attaché. À
même le sable chaud, les pieds et les mains liés à quatre piquets profondément plantés dans le sol, plus aucun mouvement ne lui était possible. Aveuglé par le soleil, il finit par tourner la
tête sur le côté, seule chose qu'il pouvait encore mouvoir. C’est là que son regard tomba sur Ardor.
— Bien dormi ? railla celui-ci. Désolé pour cette position inconfortable, mais comme tu ne semblais pas très emballé à l’idée de rester en notre compagnie, il a fallu trouver un moyen de t'y
obliger. Bon, poursuivit-il en s'asseyant sur une chaise placée à l'ombre d'un parasol, si nous passions aux choses sérieuses ? Tu es en possession d'un petit quelque chose que nous tenons à
récupérer, alors si tu pouvais m'indiquer tout de suite où il est, cela nous ferait gagner un temps précieux à tous les deux.
Mark n'eut pas à ouvrir la bouche pour lui donner sa réponse. La lueur qui flottait au fond de ses yeux y avait largement contribué.
— Comme tu veux, soupira Ardor en haussant les épaules. Moi, j'ai tout mon temps. Laisse-moi juste te signaler qu'il fait très chaud au raz du sol en plein soleil, surtout lorsqu'on n’a rien
à boire, alors quand tu en auras marre, fais-moi signe…, termina-t-il en quittant sa chaise pour rejoindre le reste de ses hommes installés sous la protection bienfaisante des palmiers.
Midi. Le soleil était à son zénith, dispersant par ses rayons brûlants une chaleur qui avoisinait les quarante degrés à l'ombre. Être exposé à cette rondeur incandescente signifiait une
déshydratation rapide et Mark avait déjà l’impression que sa gorge était aussi aride que le désert qui l'entourait à perte de vue. La seule humidité ambiante était sa sueur qui collait
vêtements et sable sur sa peau.
Trois heures de l'après-midi. La chaleur était toujours aussi suffocante. Son tête-à-tête avec l’astre solaire durait depuis presque six heures. Il n’essayait même plus d’ouvrir les yeux,
aveuglé par cette luminosité constante. Le manque d’eau commençait à se faire sentir, successions de nausées, maux de tête et crampes dans tout le corps. Comme si cela ne suffisait pas, la
blessure que le laser lui avait infligée à la hanche avait fini par s'infecter au contact du sable plaqué sur elle par un mélange de sang et de sueur. La douleur, lancinante, se balançait au
rythme de sa respiration.
Certain qu’il finirait par parler, Ardor lui rendait régulièrement visite, posant encore et toujours la même question. Qu’il reste obstinément muet ne semblait pas le perturber outre mesure,
peut-être parce qu’il le considérait à sa merci. Sa patience ne serait pas infinie, Mark le savait, mais il avait beau retourner le problème dans tous les sens, pour l’instant, il n’avait
aucune idée de la manière dont il allait pouvoir se sortir de là.
Et l’obscurité succéda à la lumière. L'incroyable chaleur de la journée abandonna sa place pour un froid qui le fit presque grelotter. Épuisé, il finit par s’endormir, nuit agitée qui le fit
constamment osciller entre sommeil et inconscience jusqu’à l’aube.
Ardor fut le premier debout, devançant même le soleil qui peinait à s’arracher de l'horizon ensablé. Curieux de connaître l’état de son prisonnier, il le rejoignit tout en grignotant une
ration de survie.
— En vie ou pas ? se demanda-t-il en s’immobilisant près de lui.
Il le frappa du pied juste à l’endroit de sa blessure. Extirpé de sa torpeur par la douleur soudain avivée, Mark se réveilla dans un sursaut.
— Tiens, en vie… ? murmura Ardor. J’admets que tu m’étonnes, reprit-il en terminant son bâton de nourriture synthétisée. Mais on verra bien jusqu’où tu peux aller….
Mark se contenta de fermer les yeux, comme pour lui prouver son insignifiance. Il se tairait, parce qu’il l’avait décidé, parce que son monde l’avait élevé ainsi, par fierté aussi peut-être.
Il n’était pas question de céder, même pour un simple vaisseau, car à travers Ardor, c’est à Breinmaad qu’il tenait tête. Et il savait combien le maître de l’Armée Noire tenait à récupérer
son bien. Curieux de connaître les raisons de son insistance, il avait sondé les pensées de son homme de main le jour précédent. Il y avait ainsi découvert ce que contenait l’ordinateur
central du Redblack, attisant sa motivation. Il était hors de question de le lui rendre.
Ardor s'assit près de lui puis sortit un couteau de sa poche pour soulever avec la pointe de la lame un morceau de l'étoffe déchirée de sa combinaison. Collée à la plaie par un mélange de
sang et de sable, la peau suivit le mouvement lorsqu'il leva le bout de tissus, ouvrant plus encore la plaie à vif.
— C’est de pire en pire, constata-t-il d'un ton faussement désolé tout en laissant la lame glisser au creux de la blessure. Si tu t'entêtes, tu vas finir par y rester plus vite que prévu.
Mark serra les dents, faisant son possible pour taire la douleur qu’Ardor s’amusait à intensifier. Il finit par tourner la tête de l'autre côté, le souffle court.
— Bon, soupira Ardor, je repasserai plus tard.
Il essuya la lame du couteau couvert de sang sur la joue de son prisonnier avant de se lever et rejoindre l'ombre agréable de l'oasis.
Midi et ses quarante-cinq degrés revinrent, pareil au jour précédent. Mark avait l’impression d’être au centre d’un incendie. Envenimée par l'action concertée de la chaleur et du sable, la
plaie qui déchirait sa hanche s'aggravait au fil des heures. Pour couronner le tout, sa tête semblait avoir une furieuse envie d’exploser.
Né des profondeurs du désert, un vent léger prit possession des lieux. Son unique contribution fut d’alourdir l’atmosphère. Écrasé par le soleil, étouffé par l’air chaud qui tournoyait sur
l’oasis, Mark avait toujours plus de mal à respirer. Hôte de ce corps privé d’ombre, de soin et d’eau, la fièvre apparue le matin même atteignit les quarante degrés en fin de journée. Son
état général lui donnait l’impression de tourner sur lui-même alors qu’il était couché à terre. Frôlant sans cesse l’inconscience, il y plongeait de temps à autre avant de revenir à lui,
réveillé par la blessure de sa hanche dont chacune de ses respirations ne faisait qu’attiser la douleur. Ces retours furent pourtant de plus en plus rares. Son esprit avait du mal à se
raccrocher à la réalité. En avait-il seulement encore envie ? Mark finit par lâcher prise. Les profondeurs de son inconscience étaient finalement plus agréables. Sans l’avoir cherché, sans
même aucun contrôle, sa pensée se mit à voyager à travers l'espace et le temps. Si, jusque-là, il n’avait été capable d’établir un contact télépathique qu'avec une personne se trouvant près
de lui, il parvint cette fois à se lier avec Alen, à 2054 ans de lui.
Texte soumis à la Société suisse des auteurs en 1988- Redéposé en vue d'une publication le 4 mai 2008 et le 11 avril
2010 auprès de Copyright France.
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