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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 20:21
Extrait 2



A ceux qui n'ont pas oublié leur rêves d'enfant (de l'auteur)



  
Ardor venait juste de rejoindre le bord du ravin lorsqu’un vent violent le projeta à terre. S’il comprit tout de suite ce qui est en était la cause, il ne fut en mesure de se relever qu'une fois le Redblack à une vingtaine de mètres du sol. Fixant les dernières ondulations qui finissaient de rendre l’appareil invisible, il poussa un solide juron puis ferma les yeux et se concentra. Son cristal se mit à bientôt briller doucement tandis que son esprit se liait avec celui de Breinmaad.
— Maître, le Redblack vient d'être volé. Je ne peux rien faire seul, il faut que vous m’envoyiez des renforts pour que je puisse le poursuivre.
— Je vais faire le nécessaire, accepta le maître de l’Armée Noire, mais si tu échoues, ne compte pas sur ma clémence.
Sa colère serait à la mesure de la perte subie. Ce voyage temporel n’était pas la seule mission qu’il avait prévue pour le Redblack et son équipage. Pour cet autre projet, un matériel de pointe avait été embarqué dans les soutes, équipement qui avait demandé des mois de préparation avant d’être opérationnel. Dans la foulée, toutes les données sensibles qui le concernaient avaient été insérées dans l’ordinateur central du vaisseau. Pire, les mémoires bio-informatiques contenaient les plans de sa nouvelle station, ainsi que d’autres renseignements qu'il lui serait très désagréable de savoir entre les mains de ses ennemis. L’échec était interdit.
— Je sais, répondit simplement Ardor avant que le cristal ne s'éteigne lentement avec la fin du contact.
L’attente fut de quelques minutes à peine avant de recevoir les renforts demandés. Dès que l'un des cinq chasseurs apparus au-dessus de sa tête l'eût récupéré par rayon tracteur, l’escouade se lança à la poursuite du Redblack.
— Et merde ! lâcha Cobra lorsqu'il les repéra sur son radar.
Car ce n’était pas la seule mauvaise nouvelle. Ne comprenant pas comment les appareils de l’Armée Noire avaient pu retrouver leurs traces malgré l’onde d’invisibilité, il avait lancé un diagnostic automatique. Le résultat fut explicite. Une panne anodine due à un faux contact privait le système d’une partie de ses capacités. Le vaisseau ne pouvait plus compter que sur une protection visuelle, et encore, par intermittence.
— Et en plus le déflecteur déconne, maugréa-t-il.
L’évidence lui extirpa un soupir : il ne pourrait pas esquiver la confrontation. Sa première pensée fut d’éviter à tout prix que quoi que ce soit puisse se remarquer depuis les côtes. Tout en essayant de maintenir une distance respectable avec ses poursuivants afin qu'ils ne puissent engager le combat trop tôt, il se débrouilla pour les emmener vers le large.
Les chasseurs ne le laissèrent pas manœuvrer à sa guise longtemps. Profitant d’une « apparition » du Redblack, ils tirèrent plusieurs salves au raz du déflecteur. Ce n’était que des coups de semonce. L’ordre était de ramener le vaisseau le plus intact possible et même si cela l’enrageait, Ardor ne pouvait passer outre.
— Eh bien…, murmura Mark en réalisant la situation. On dirait que vous tenez à cet appareil…
Ce qui l’arrangeait. Il était difficile de mener le Redblack à deux, surtout pour un combat, et sans système de protection viable, l’équilibre des forces penchait clairement en faveur de ses poursuivants. S’ils avaient voulu les détruire, l’affaire aurait pu être vite réglée, mais la donne avait changé. Leur choix de vouloir récupérer l’appareil leur offrait une échappatoire qu’il comptait bien utiliser.
— Graig, occupe-toi des lasers !
Il y avait au moins trois mètres qui séparaient la console de navigation de celle des armes, il lui était impossible de faire les deux. Le rebelle regarda la zone où on lui demandait de se rendre d’un œil sceptique. Avec sa jambe, il n’était pas certain de parvenir à bon port, surtout dans un vaisseau qui ne cessait de faire des cabrioles.
— Il faut que tu stabilises l’appareil, sinon j’y arriverai jamais.
Cobra fit de son mieux, mais l’espace d’équilibre fut très court. Une nouvelle absence du déflecteur avait permis à un tir d’effleurer les flancs du Redblack, le faisant tanguer de côté.
— Tu y es ? s’impatienta Mark.
— Je fais ce que je peux, bougonna Graig en se hissant tant bien que mal sur le siège après une chute très désagréable. C’est bon, vas-y ! lança-t-il dès qu’il se fut attaché.
Et tandis que le pirate faisait faire une nouvelle valse à l’appareil, il déverrouilla les lasers et prit l’une des commandes en main. Seul à les faire fonctionner alors que le système exigeait deux personnes, il ne put mettre en œuvre toute la puissance de feu du Redblack. Malgré ses efforts, ils restèrent en constant désavantage face à leurs ennemis.
— Continuez donc comme ça…, murmura Mark en fixant d’un œil mauvais la transmission holographique des caméras arrière.
Les deux chasseurs étaient si proches que l’image n’était qu’un zoom sur leur face avant. Cobra inclina peu à peu son vaisseau, profitant de l’obscurité pour piquer vers l’immensité aquatique sans que ses adversaires le réalisent tout de suite. Juste avant que les radars de proximités ne passent en alerte maximale, il plongea plus encore vers la surface puis redressa les commandes d’un mouvement sec. Le Redblack frôla dangereusement la crête blanche des vagues, creusant une véritable crevasse sur son passage par la puissance de ses réacteurs. Pris de court alors même qu’une alarme stridente les avertissait du danger, ses poursuivants cabrèrent leurs appareils dans un réflexe de panique. Mais il était déjà trop tard. Frappant l’eau à pleine vitesse, ils explosèrent instantanément.
La course-poursuite entre le Redblack et l’Armée Noire se poursuivit à une vitesse bien supérieure à celle du son. De l’océan Atlantique, ils filèrent vers la stratosphère puis plongèrent à nouveau vers une autre immensité, de sable cette fois.
— On ne peut pas continuer comme ça, se dit Ardor furieux de voir ce combat s’éterniser sans parvenir à immobiliser leur adversaire. Obligez-le à se poser, par tous les moyens ! ordonna-t-il d’une voix sourde.
Alors qu’il venait d’atteindre le nord de l'Égypte, une région dominée par la Wehrmacht, le Redblack fut la cible de tirs en rafales cette fois sciemment destinés à briser ses déflecteurs. Déjà en mauvaise posture, ceux-ci cédèrent au bout de la troisième salve. Touché simultanément au niveau des soutes et de son aileron arrière, il perdit brutalement de l’altitude sans que son pilote puisse rien y faire.
— Ça va secouer ! prévint-il alors que le sol se rapprochait à grande vitesse.
Graig eut juste le temps de serrer sa ceinture avant que le vaisseau ne s'écrase à une vingtaine de kilomètres de la frontière qui séparait cette terre sous domination nazie. Le Sahara fut un adversaire conciliant. Son océan de sable amortit sa chute au lieu de le faire exploser sous l’impact. Après avoir creusé le sol sur près d'un kilomètre, le Redblack termina sa route sous une énorme dune. Sorte de chance dans son malheur, une tempête balayait la région depuis peu. Au summum de leurs puissances, les vents violents déplaçaient avec eux des montagnes de sable sur des distances incroyables. Il leur suffit de quelques minutes pour gommer les traces laissées au sol, compliquant la tâche des chasseurs de l'Armée Noire.
— Je crois qu’il va falloir remettre les recherches à plus tard.
Ardor eut un geste de mauvaise humeur. Il se rendait bien compte que son pilote avait raison, mais cela le mettait hors de lui. Mais que faire d’autre ? Les détecteurs étaient devenus muets à l’instant où les systèmes de propulsion et de communication du Redblack avaient lâché et la tempête rendait toute recherche à vue impossible.
— Relève notre position et va te poser en dehors de cette mélasse. On continuera demain au lever du soleil, ordonna-t-il d’un ton agacé.
Alors que les navettes prenaient leur distance avec la tempête, Mark s’extirpait peu à peu de l’inconscience. Éjecté de son siège lors de l’impact, il avait atterri sur le tableau de bord avec une telle violence qu’il s’y était assommé. Le retour à la réalité fut lent et difficile. Il avait du mal à émerger de sa torpeur, et ce mal de tête de plus en plus présent ne l’y encourageait pas. Il lui fut aussi pénible d'ouvrir les yeux que d'essayer de se relever. Sa vue était encore trouble et son équilibre précaire. Assis sur le sol du poste de contrôle, il prit plusieurs inspirations et se concentra. Retrouvant enfin la maîtrise de ses sens, il jeta un œil autour de lui afin de se rendre compte de la situation.
Son premier regard avait été pour Graig. Bien qu’inconscient, il ne semblait pas avoir subi d’autres blessures. Jugeant son état sans danger, il se leva et rejoignit la console principale.
— Voilà qui arrange nos affaires, murmura-t-il en réalisant qu'ils étaient enfouis sous un mètre de sable.
La protection était efficace, mais elle avait son revers. Cette autre face se dévoila au lever du soleil, souverain, sur l'immensité désertique. Très vite, le sable surchauffé fit grimper la température interne du vaisseau.
— Tout est hors service, marmonna Mark après avoir vainement essayé de réanimer la climatisation.
Les générateurs de secours maintenaient un service minimal, service dont les systèmes périphériques non vitaux étaient exclus.
— Bon sang, c’est moi ou bien on est en train de cuire ici….
Graig venait juste de reprendre pied dans la réalité. Encore groggy, il avait du mal à faire de l’ordre dans ses pensées et la chaleur ambiante ne faisait rien pour arranger les choses.
— Désolé, je ne peux rien y faire, répondit Mark en se levant. Je vais chercher à boire.
La découverte de l’étage du dessous lui réserva une mauvaise surprise. Le réfectoire et ses réserves avaient été soufflés par la destruction des soutes arrière. Il ne restait quasiment rien, ni en matériel ni en nourriture.
— Génial…, maugréa-t-il tout en regardant le sable qui avait envahi les lieux. Enfin, on pourra au moins sortir par là.
La destruction de l’aileron arrière avait laissé un trou béant qui pointait vers la surface. C’était la seule partie visible de l’appareil depuis l’extérieur, sorte de bouche ouverte qui aspirait un vent terriblement chaud.
Mark retourna dans la salle de contrôle. Il annonça la mauvaise nouvelle tout en posant sur la console principale l’unique bouteille d’eau qu’il avait trouvée intacte. Ce n’est qu’au grognement qui lui avait répondu qu’il jeta un œil sur le rebelle. Graig n’était visiblement pas au mieux de sa forme. Entre sa blessure à la jambe, les séquelles de leur atterrissage forcé et la chaleur infernale du vaisseau, son état de conscience était très limite. Peut-être valait-il mieux éviter d’y ajouter un manque d’eau qui allait vite devenir problématique.
— Je vais voir ce que je peux trouver dans le coin, fit Mark en effleurant l’écran tactile de l’ArmComp. On avisera ensuite pour le reste.
Car les questions en suspens étaient nombreuses : éviter Ardor et ses hommes, rapatrier le Redblack et son contenu à leur époque, ne rien laisser derrière eux qui puisse changer le cours de l’histoire.
Il chercha une carte de la région dans les mémoires de son ordinateur, espérant y trouver une présence humaine, une oasis ou tout au moins un point d’eau quelconque. Il dut vite se rendre à l’évidence, les grandes oasis telles que Farafra ou Siwa étaient hors de portée. C’était regrettable, car il aurait aussi pu y trouver de la nourriture, ces îlots de vie au milieu du désert abritant de véritables villages.
— Ça fera l’affaire, se dit-il en découvrant malgré tout une présence d’eau susceptible de leur venir en aide. Cinquante kilomètres, murmura-t-il. C’est pas la porte à côté.
L’idée de devoir faire une telle marche sous un soleil de plomb avait de quoi le refroidir. Il fallait pourtant bien que quelqu’un se dévoue et il n’y avait rien de plus proche que ces trois possibilités posées au nord, à l’est et au sud du vaisseau.
— Pourquoi pas…, se dit-il en songeant que lors de la démonstration, Ardor lui avait présenté des véhicules tout terrain.
Il sentit son enthousiasme reprendre des forces. Voilà qui allait lui être très utile, s’il en restait un en état de marche à l’étage du dessous. Désormais prêt pour son excursion, il s’approcha de Graig et le secoua doucement par l’épaule.
— Tu m’entends ? s’inquiéta-t-il tandis que le rebelle se réveillait en sursaut. Je vais aller chercher de l’eau. Si jamais je ne revenais pas et que l'Armée Noire s'approche de trop près, fais sauter le vaisseau.
Mark désactiva complètement son ArmComp avant de se lever. Son rayonnement bioélectromagnétique était très faible, mais il préférait parer à toute éventualité. Les systèmes de détection des navettes de l’Armée Noire devaient être en état d’alerte maximale, il valait donc mieux en faire trop que pas assez.
De retour dans les soutes, il chercha la zone où avait été entreposé le matériel à destination de la Wehrmacht. Comme partout ailleurs, tout était sens dessus dessous, mais une M14 half-track n’avait pas trop souffert.
— Parfait, se dit-il après en avoir mis le moteur en marche grâce à un petit bidouillage électrique.
Restait à la faire sortir de là. La pente jusqu’au trou qui ornait la queue de l’appareil était praticable, en revanche, la montagne de sable qui avait tout envahi compliquait le parcours. Il joua le tout pour le tout. Reculant jusqu’à l’autre extrémité des soutes, il prit le plus de vitesse possible et fonça droit devant lui en espérant que l’élan suffirait. Ce fut très limite, la fin du parcours fut chaotique, mais le véhicule réussit à franchir l’obstacle à force de rotation de ses chenilles arrière.
Mark fut surpris en bien par l’engin qu’il conduisait. Bien que rattaché au sol, rudimentaire et peu confortable, il tenait une assez bonne moyenne compte tenu du terrain. Il lui fallut à peine moins d’une heure pour atteindre le point d’eau, sorte de mini oasis, repérée à l'ouest du vaisseau. Il immobilisa son véhicule le plus près possible du plan d’eau entouré de quelques palmiers et d’un peu de végétation, incroyable image au milieu de cette immensité de sable. Après avoir attrapé ce dont il avait besoin, il sauta à terre et s'en approcha d'un pas tranquille.
À genoux près de la marre, il s’apprêtait à transvaser le contenu de son seau dans un bidon lorsqu'une voix s'éleva derrière lui.
— C'est gentil de nous épargner le soin de te chercher partout.
Mark fit volte-face sans pour autant lâcher l’anse du seau. Il se retrouva face à trois hommes en uniforme allemand dont le canon des fusils pointait droit dans sa direction. Il lui avait suffi d’un regard pour reconnaître Ardor. Comment était-ce possible ? D’où est-ce qu’ils tombaient tous ? Et pourquoi est-ce qu’il ne les avait pas entendus venir ! Il n’était pas dans ses habitudes de se laisser surprendre ainsi et cela le rendait furieux. Ce n’était pourtant pas le moment de se lancer dans une autocritique. Il lui fallait réagir, et vite ! La seconde suivante, il jeta le contenu de son seau vers les trois hommes. Le projectile n’était pas bien dangereux, c’est d’ailleurs tout juste s’il put atteindre son objectif, mais Cobra comptait uniquement sur leur réflexe de protection. L’instinct pouvait parfois être un traître. Surpris et concentrés sur cette arrivée d’eau, les soldats Noirs baissèrent leur garde un court instant, espace de liberté dont il profita pour se précipiter vers eux. De son seau, il balaya les canons des fusils de côté, frappa sa première cible en plein visage puis balança son poing dans le ventre de la seconde. Sous le choc, celle-ci se retrouva dans les bras de la troisième avant que tous deux n’aillent buter contre l'un des palmiers de la petite oasis.
Mark s’était élancé vers le M14 half-track sitôt le terrain dégagé, malheureusement, un soldat qu'il n'avait pas repéré coupa court à ses espoirs de fuite. Touché à la hanche par un tir laser, le choc le fit trébucher avant qu’il n’aille s’assommer contre le pare-chocs de la voiture, prisonnier de son élan.




Il fallut une bonne demi-heure avant que Mark ne reprenne vraiment conscience. Sa première sensation fut une violente douleur à la hanche. Il ne réalisa qu'ensuite qu’il avait été attaché. À même le sable chaud, les pieds et les mains liés à quatre piquets profondément plantés dans le sol, plus aucun mouvement ne lui était possible. Aveuglé par le soleil, il finit par tourner la tête sur le côté, seule chose qu'il pouvait encore mouvoir. C’est là que son regard tomba sur Ardor.
— Bien dormi ? railla celui-ci. Désolé pour cette position inconfortable, mais comme tu ne semblais pas très emballé à l’idée de rester en notre compagnie, il a fallu trouver un moyen de t'y obliger. Bon, poursuivit-il en s'asseyant sur une chaise placée à l'ombre d'un parasol, si nous passions aux choses sérieuses ? Tu es en possession d'un petit quelque chose que nous tenons à récupérer, alors si tu pouvais m'indiquer tout de suite où il est, cela nous ferait gagner un temps précieux à tous les deux.
Mark n'eut pas à ouvrir la bouche pour lui donner sa réponse. La lueur qui flottait au fond de ses yeux y avait largement contribué.
— Comme tu veux, soupira Ardor en haussant les épaules. Moi, j'ai tout mon temps. Laisse-moi juste te signaler qu'il fait très chaud au raz du sol en plein soleil, surtout lorsqu'on n’a rien à boire, alors quand tu en auras marre, fais-moi signe…, termina-t-il en quittant sa chaise pour rejoindre le reste de ses hommes installés sous la protection bienfaisante des palmiers.
Midi. Le soleil était à son zénith, dispersant par ses rayons brûlants une chaleur qui avoisinait les quarante degrés à l'ombre. Être exposé à cette rondeur incandescente signifiait une déshydratation rapide et Mark avait déjà l’impression que sa gorge était aussi aride que le désert qui l'entourait à perte de vue. La seule humidité ambiante était sa sueur qui collait vêtements et sable sur sa peau.
Trois heures de l'après-midi. La chaleur était toujours aussi suffocante. Son tête-à-tête avec l’astre solaire durait depuis presque six heures. Il n’essayait même plus d’ouvrir les yeux, aveuglé par cette luminosité constante. Le manque d’eau commençait à se faire sentir, successions de nausées, maux de tête et crampes dans tout le corps. Comme si cela ne suffisait pas, la blessure que le laser lui avait infligée à la hanche avait fini par s'infecter au contact du sable plaqué sur elle par un mélange de sang et de sueur. La douleur, lancinante, se balançait au rythme de sa respiration.
Certain qu’il finirait par parler, Ardor lui rendait régulièrement visite, posant encore et toujours la même question. Qu’il reste obstinément muet ne semblait pas le perturber outre mesure, peut-être parce qu’il le considérait à sa merci. Sa patience ne serait pas infinie, Mark le savait, mais il avait beau retourner le problème dans tous les sens, pour l’instant, il n’avait aucune idée de la manière dont il allait pouvoir se sortir de là.
Et l’obscurité succéda à la lumière. L'incroyable chaleur de la journée abandonna sa place pour un froid qui le fit presque grelotter. Épuisé, il finit par s’endormir, nuit agitée qui le fit constamment osciller entre sommeil et inconscience jusqu’à l’aube.
Ardor fut le premier debout, devançant même le soleil qui peinait à s’arracher de l'horizon ensablé. Curieux de connaître l’état de son prisonnier, il le rejoignit tout en grignotant une ration de survie.
— En vie ou pas ? se demanda-t-il en s’immobilisant près de lui.
Il le frappa du pied juste à l’endroit de sa blessure. Extirpé de sa torpeur par la douleur soudain avivée, Mark se réveilla dans un sursaut.
— Tiens, en vie… ? murmura Ardor. J’admets que tu m’étonnes, reprit-il en terminant son bâton de nourriture synthétisée. Mais on verra bien jusqu’où tu peux aller….
Mark se contenta de fermer les yeux, comme pour lui prouver son insignifiance. Il se tairait, parce qu’il l’avait décidé, parce que son monde l’avait élevé ainsi, par fierté aussi peut-être. Il n’était pas question de céder, même pour un simple vaisseau, car à travers Ardor, c’est à Breinmaad qu’il tenait tête. Et il savait combien le maître de l’Armée Noire tenait à récupérer son bien. Curieux de connaître les raisons de son insistance, il avait sondé les pensées de son homme de main le jour précédent. Il y avait ainsi découvert ce que contenait l’ordinateur central du Redblack, attisant sa motivation. Il était hors de question de le lui rendre.
Ardor s'assit près de lui puis sortit un couteau de sa poche pour soulever avec la pointe de la lame un morceau de l'étoffe déchirée de sa combinaison. Collée à la plaie par un mélange de sang et de sable, la peau suivit le mouvement lorsqu'il leva le bout de tissus, ouvrant plus encore la plaie à vif.
— C’est de pire en pire, constata-t-il d'un ton faussement désolé tout en laissant la lame glisser au creux de la blessure. Si tu t'entêtes, tu vas finir par y rester plus vite que prévu.
Mark serra les dents, faisant son possible pour taire la douleur qu’Ardor s’amusait à intensifier. Il finit par tourner la tête de l'autre côté, le souffle court.
— Bon, soupira Ardor, je repasserai plus tard.
Il essuya la lame du couteau couvert de sang sur la joue de son prisonnier avant de se lever et rejoindre l'ombre agréable de l'oasis.
Midi et ses quarante-cinq degrés revinrent, pareil au jour précédent. Mark avait l’impression d’être au centre d’un incendie. Envenimée par l'action concertée de la chaleur et du sable, la plaie qui déchirait sa hanche s'aggravait au fil des heures. Pour couronner le tout, sa tête semblait avoir une furieuse envie d’exploser.
Né des profondeurs du désert, un vent léger prit possession des lieux. Son unique contribution fut d’alourdir l’atmosphère. Écrasé par le soleil, étouffé par l’air chaud qui tournoyait sur l’oasis, Mark avait toujours plus de mal à respirer. Hôte de ce corps privé d’ombre, de soin et d’eau, la fièvre apparue le matin même atteignit les quarante degrés en fin de journée. Son état général lui donnait l’impression de tourner sur lui-même alors qu’il était couché à terre. Frôlant sans cesse l’inconscience, il y plongeait de temps à autre avant de revenir à lui, réveillé par la blessure de sa hanche dont chacune de ses respirations ne faisait qu’attiser la douleur. Ces retours furent pourtant de plus en plus rares. Son esprit avait du mal à se raccrocher à la réalité. En avait-il seulement encore envie ? Mark finit par lâcher prise. Les profondeurs de son inconscience étaient finalement plus agréables. Sans l’avoir cherché, sans même aucun contrôle, sa pensée se mit à voyager à travers l'espace et le temps. Si, jusque-là, il n’avait été capable d’établir un contact télépathique qu'avec une personne se trouvant près de lui, il parvint cette fois à se lier avec Alen, à 2054 ans de lui.



Texte soumis à la Société suisse des auteurs en 1988- Redéposé en vue d'une publication le 4 mai 2008 et le 11 avril 2010  auprès de Copyright France.


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Mark suivait d'un œil distrait les effets de la vitesse sub-luminique, volutes étranges et fascinantes qui glissaient le long des parois translucides du poste de contrôle. Il avait laissé les commandes à son ordinateur de bord depuis la confirmation des coordonnées de son prochain rendez-vous. C’était le dernier moment pour compulser les données récemment intégrées dans le dossier de son futur client, mais sa concentration n’avait pu rester longtemps attachée à ce flot d’informations. Bien malgré lui, son esprit s’était mis à vagabonder au travers de mille souvenirs qui, tous, finissaient par le ramener à l'époque de la fin de la guerre avec l'empire drassorien.
Comme tout avait changé depuis, si vite. La transformation avait déjà de quoi donner le vertige, mais le plus étrange était ailleurs. Comment tout avait-il pu changer à ce point sans que personne ne puisse en expliquer les raisons ? C’était tellement irréel, impossible...
Tout avait commencé peu après la signature du traité de paix avec Drassoria. Des guerres, aussi subites qu'inattendues, avaient éclaté les unes après les autres à travers l’Union, entraînant la majeure partie de la galaxie dans une sorte de folie collective. Seuls trois Territoires avaient pu rester en dehors de ces conflits insensés. Pour les autres, quelques mois à peine suffirent pour balayer les piliers de leurs institutions les plus anciennes. Qu’ils aient été démocratiques ou impériaux, les gouvernements avaient tous fini par se dissoudre, gangrenés de l’intérieur. Dans leur déroute, ils avaient emporté les armées régulières, laissant la Patrouille de l’espace seule face à une situation inextricables. Ultime garante de l’ordre, elle fit de son mieux pour assurer sa charge, mais c’était perdu d’avance. Prise dans une spirale d’autodestruction dont elle ne comprenait la cause, elle disparut à son tour, offrant la place à un chaos absolu. Sa dictature fut féroce. Privée de sécurité, de repères, la population avait dû très vite intégrer les nouvelles règles du jeu : ne plus compter que sur soi, savoir manier une arme et tout faire pour survivre.
Né dans un univers où il valait mieux imposer le respect, le concept était, à ses yeux, plutôt anodin. Il n’y trouva d’ailleurs pas de quoi changer sa manière de vivre. Tenir les problèmes à distance lui était routinier, et puis, sa réputation s’était construite bien avant les évènements de ces derniers mois. Elle avait toujours su le précéder où qu'il se rende et personne ne s'était encore risqué à lui créer des ennuis.
Le nouveau visage de l’Union eut des répercussions bien au-delà de ses frontières, bousculant la vie de son ennemi de toujours : Les Territoires Interdits. L’univers pirate avait dû gérer dans l’urgence la transformation de sa principale source de profit en un immense champ de bataille. Vouloir poursuivre ses activités dans des Territoires en guerre était devenu une gageure, il lui avait fallu s’adapter, même contre son gré.
Comme son monde d’origine, Mark avait dû s’y faire. Il avait beau vivre marge de son clan depuis longtemps, il lui aurait été difficile d'échapper à la règle. Dès les premiers affrontements, la majeure partie des musées de la galaxie s’étaient retrouvés saccagés, pillés, vidés. Il existait des exceptions, il le savait, mais dépourvus de la plupart de leurs systèmes d'alarme, il n'y avait plus aucun « sport » à s’y mesurer. Cambrioler sans l’adrénaline du risque était trop fade pour en ressentir encore l’envie. Et puis, de toute façon, les systèmes de valeur avaient bien changé. L’accès à l’énergie et la nourriture avait remplacé bijoux, œuvres d’art et pierres précieuses aux rangs des signes extérieurs de richesse. Dès le début du conflit, ces denrées étaient devenues des matières de première nécessité extrêmement coûteuses et c’est autour d’elles que les nouveaux trafics avaient fini par se reconstituer.
Quitte à devoir changer de métier, il s’était lancé dans le mercenariat sans trop de remords après une rencontre fortuite avec quelques vieilles connaissances. Cette reconversion lui démontra très vite toute l’étendu de ses avantages. Non seulement elle lui permit de vivre assez confortablement mais, surtout, il était désormais en mesure de subvenir régulièrement tant aux besoins du Phoenix que de son ordinateur de bord. De classe I.E., cette petite merveille de la technologie bioinformatique était plutôt gourmande et il fallait assurer un apport d’énergie constant pour ne pas en être privé. C’était le prix à payer s’il voulait conserver en parfait état cet amoncellement de connexions qui était bien plus qu’une machine : c’était l’âme de son vaisseau. Parfaitement autonome, d’une puissance impressionnante et doté d’un caractère propre, Arak, puisque c’était son nom, était un atout précieux qu’il était hors de question de traiter avec légèreté.
— Je perçois l'écho d'au moins cinq appareils sur notre trajectoire. Dois-je décélérer ou changer de cap ?
Tiré des profondeurs de ses pensées, Mark jeta un vague regard vers l'écran de contrôle projeté à quelques mètres devant la console de commande. Une moue ennuyée se dessina sur son visage. Changer de cap leur ferait faire un bien grand détour pour rejoindre le lieu de son rendez-vous et décélérer le mettrait tout aussi en retard. Une rapide pesée du pour et du contre le décida finalement pour la deuxième solution.
— Ralenti..., laissa-t-il échapper dans un léger soupir.
Les étranges couleurs qui avaient jusqu'à lors enveloppé le Phoenix cédèrent peu à peu leur place à un univers net et sans bavure.
— Qu’est-ce qui les attirent comme ça ? se demanda-t-il en observant les données retransmises par le radar quadridimensionnel.
Cinq lueurs de petites tailles, probablement des chasseurs, tournoyaient comme des guêpes enragées autour d’un point plus conséquent. Autant par curiosité que par prudence, il demanda un plan rapproché de la scène. Sitôt les caméras fixées sur l'objectif, une image holographique lui offrit, comme s’il y était, une scène pourtant à plusieurs minutes de vol.
— Tu connais ce type d'appareil ? demanda-t-il, intrigué par le combat qui se déroulait sous ses yeux.
La question à peine posée, Arak superposa un sigle dans l’image trois-D.
— L'insigne de la Terre ? lança Mark avec surprise. Mais qu'est-ce qu'ils font par ici... ?
La Terre. Son Territoire était resté épargné par les guerres. Son histoire et sa position dans l’Union en était peut-être la cause. Immense, puissant, berceau de l’une des races parmi les plus anciennes des Territoires Unis et Interdits confondus, il était depuis toujours une pièce incontournable de l’échiquier galactique. Malgré cela, et parce qu’il mettait un point d’honneur à ce que cela soit ainsi, ses rapports avec les autres membres de l’Union étaient les plus rares possible.
Les yeux rivés sur l'écran trois-D, Mark se demandait non sans une certaine curiosité ce que ces terriens pouvaient bien faire hors d'un Territoire qu'ils ne quittaient pourtant presque jamais.
— D'après mes senseurs, informa Arak, ce vaisseau ne possède aucune arme défensive ou offensive et si mes calculs sont exacts, ses déflecteurs ont déjà épuisé les deux-tiers de leurs puissances.
Autant dire qu’il était perdu. Les cinq chasseurs attaquaient avec une telle hargne. La virulence de leurs assauts avait d’ailleurs de quoi intriguer. Qu'est-ce qui pouvait bien les pousser à s'en prendre ainsi à cet appareil ? Bien sûr, il venait de la Terre, mais à part cela, il ne semblait pas avoir une très grande valeur et Arak lui avait confirmé que le contenu de ses soutes était plutôt anodin.
— Allez, on y va ! ordonna-t-il finalement. Voilà une bonne semaine qu'on n’a rien fait. Un peu d'exercice ne nous fera pas de mal.
Il prit les commandes. Les deux larges accoudoirs de son siège s’étaient ouverts sur le dessus, découvrant un espace empli d’un liquide gélatineux translucide, parcouru de mille couleurs qui glissaient en son sein tels des éclairs. Il y avait laissé sombrer ses avant-bras pour poser ses mains sur des sphères émeraude qui en prirent la forme exacte à leurs contacts. Dès cet instant, il fut lié tant au vaisseau qu’à son ordinateur comme s’ils faisaient partie de son propre corps.
L’objectif repéré, il avait directement piqué sur les cinq assaillants. N’ayant pris aucune mesure de protection particulière, son approche fut vite remarquée. Trois appareils laissèrent tomber leurs attaques, prêts à faire face à cet intrus venu se mêler de leurs affaires.
Mark eut plus de mal qu'il ne l'aurait cru à se défaire de leur présence. Leurs pilotes avaient de toute évidence une grande expérience et plusieurs tirs étaient déjà venus lourdement s’écraser contre le déflecteur du Phoenix. Il n'était pourtant pas dans ses habitudes de laisser l’avantage à qui que ce soit. Poussant son appareil aux limites de ses capacités de résistance, il enchaîna les voltiges, bien décidé à reprendre les choses en main.
— Maintenant on va pouvoir s’amuser…, murmura-t-il d’un air satisfait en sentant la situation s’inverser.
Il aimait ces combats rapprochés, galvanisé par leur danger. L’erreur n’y avait pas sa place et les mauvaises décisions se payaient cash. Face à des adversaires aussi pugnaces qu’intelligents, il dut user de ses tactiques les plus pointues. Précis et calculateur, il les laissa s’enliser dans un engrenage dont lui seul avait la clé. Ce fut le début de leur perte. Devenu le maître du jeu, Mark les amena là où il le voulait.
— Leurs boucliers sont au minimum, confirma Arak.
Il suffisait désormais de frapper juste et fort. Les trois salves suivantes furent d’une précision mortelle, emportant leurs cibles dans une destruction intégrale.
— Pas très courageux on dirait, se dit Mark en voyant les deux derniers chasseurs décrocher sans chercher l’affrontement.
— J’ai une demande de communication, informa Arak.
— Accepte-la.
— Je ne sais comment vous remercier, fit un homme d'un certain âge dont la silhouette venait de s'inscrire sur l'écran holographique. Vous auriez pu passer votre chemin sans vous préoccuper de notre sort. Par les temps qui courent, offrir son aide est devenu bien rare… Serait-il possible de savoir à qui nous avons à faire ?
Mark sourit, amusé. Se faire traiter en sauveteur ne lui arrivait pas souvent.
— Mon nom est Cobra, répondit-il. Mais ne vous faites pas de fausses idées. Si vous aviez été armés, je ne m'en serai pas mêlé, affirma-t-il sans détour. Est-ce que vous avez besoin d’une escorte ?
— Merci de le proposer, mais ce ne sera pas la peine. Je pense que nous nous débrouillerons très bien maintenant.
— C'est comme vous voulez ! répliqua-t-il dans un haussement d'épaules avant que le terrien ne coupe la communication en lui exprimant une dernière fois toute sa reconnaissance.
L’hologramme disparu, Mark fixa le vaisseau par la paroi translucide d'un air pensif. Continuer un voyage sans arme et avec un déflecteur réduit presqu’au quart de ses capacités relevait du suicide, mais était-ce ses affaires ? Si ces gens voulaient prendre le risque, c'était leur problème. Il se contenta donc d’un léger soupir avant d’enclencher les commandes automatiques et laisser le soin à Arak de reprendre leur voyage vers Totasia, planète sur laquelle il avait rendez-vous.


Le système solaire TOX45 était loin des grands axes de communication. Totasia, son unique planète, en recueillit un bénéfice que ses habitants n’auraient jamais imaginé durant toutes ces années où ils s’étaient plaints d’être à l'écart de tout. Epargnées par le plus gros des hostilités, leurs cités avaient pu garder leur intégrité et, surtout, deux des plus gros spatioports étaient toujours en état de fonctionnement.
Six heures après son intervention auprès du vaisseau terrien, le Phoenix se posa ainsi sur un tarmac à peu près intact. Les photoréacteurs à peine éteints, Arak érigea une défense complète autour de l’appareil. Mark secoua la tête avec amusement. Son ordinateur avait usé de tous les moyens à sa disposition. S'il avait été humain, on aurait presque pu le qualifier de paranoïaque.
Il lui fallut un temps i pour relier le spatioport au le bar dans lequel il avait rendez-vous. Peu touchée par le vent de folie qui secouait la galaxie, Totasia s'était peu à peu transformée en un refuge providentiel vers lequel transhumaient des flots de réfugiés. Cet accueil massif n’avait pas été sans conséquence. Ses cités étaient surpeuplées, des logements de fortune avaient poussés dans l’anarchie la plus complète et plus personne ne respectait la moindre règle de circulation.
Au milieu de cette cacophonie générale, une seule option s'imposait : prendre son mal en patience. Mark eut beaucoup de peine à s’y soumettre. Il était déjà en retard et ce temps supplémentaire avait toutes les chances de mettre un terme à son prochain contrat. Non sans grommeler tout le bien qu’il pensait de la situation, il gara sa navette devant le bar et rejoignit l’entrée à grands pas. Le sas d'accès à peine franchi, il fut assailli par les odeurs mêlées d'alcool, de tabac et de sueurs, le tout saupoudré par les braillements des clients les plus éméchés. Il accueillit ces relents d'une moue rebutée. L’endroit était plus glauque encore que lors de son dernier passage.
— Il faut vraiment que je raye ce bar de la liste, se dit-il en se frayant un passage jusqu'au bar.
Sa commande lancée à un patron aussi débraillé que les clients qu'il servait, il balaya deux ou trois fois l'endroit du regard, cherchant à repérer l'homme avec lequel il avait rendez-vous. Avec près de quatre heures de retard sur l'horaire prévu, il ne se faisait plus trop d'illusions, mais on ne savait jamais. Ce maigre espoir ne fut suivi d'aucune justification. Ne trouvant nulle trace de celui qu'il cherchait, il eut un geste d’agacement avant de demander pour la troisième fois un Vergor d'un ton qui trahissait sa mauvaise humeur.
Enfin, le barman se décida à venir poser devant lui une bouteille accompagnée d'un verre que personne n’avait jamais dû prendre la peine de nettoyer. Mark poussa « la chose » de côté puis s'empara de la bouteille. Une fois débouchée, il la nettoya de la paume et en but une gorgée à même le goulot. Il s'apprêtait à la reposer sur le comptoir lorsque son attention fut attirée par des éclats de voix. Ce n'était pas tant la bagarre prête à éclater que cette intonation familière qui avait éveillé sa curiosité. Il venait juste de se retourner pour en avoir le cœur net lorsque le corps d'un homme voltigea dans sa direction. Obligé d'attraper la bouteille de Vergor au vol avant qu'elle ne se fasse écraser par cette masse graisseuse et alcoolisée, il jeta un œil excédé vers le responsable de ce possible gâchis.
Son regard avait directement plongé dans celui de l'importun. La reconnaissance fut immédiate. Un sourire indéfinissable se dessina sur ses lèvres tandis qu'il faisait un petit signe militaire en guise de salut. L’homme n'eut pas le temps de répondre, contraint d’esquiver la contre-attaque de celui qu'il avait projeté contre le bar et qui s'était déjà relevé.
La bagarre devint vite générale. L'excitation et l'alcool étaient une source de propagation parfaite. Au milieu des coups qui fusaient de partout, Mark fut bien obligé de s'y soumettre, personne n’ayant songé à lui demander son avis sur la question. Sans le vouloir, il se retrouva bientôt dos-à-dos avec celui qui, de toute évidence, était la cause première de tout se remue-ménage.
— Alors patrouilleur de mon cœur, toujours en vie ? lança-t-il d'un ton railleur. Dis-moi si je me trompe, mais j’ai comme l’impression que tu es à l’origine de cette petite fiesta….
— Je n'y peux rien si j'ai horreur d'être insulté par un tas de graisse imbibé d'alcool ! répliqua Alen d'un ton furieux.
— Je ne sais pas si c'est dans le profond de ta nature ou si tu le fais exprès, reprit Mark après avoir décroché un solide coup de poing à un homme qui tenait absolument à lui casser une bouteille sur la tête, mais tu as vraiment le coup pour te fourrer dans des situations impossibles.
— Mais je te ferais remarquer..., rétorqua Alen sur le même ton tout en esquivant une chaise volante tout à fait identifiée, que dans ces moments-là tu n’es jamais très loin !
Mark avait vu juste en parlant de "situations impossibles". La plupart des clients du bar s’étaient ligués contre eux. Cette animosité était plus due au fait qu'Alen porte toujours son uniforme de patrouilleur qu’au poing qu’il avait balancé dans la figure d’un de leurs compagnons de beuverie. Il faut dire que personne, ici, n'avait jamais porté la Patrouille de l'espace dans son cœur. Le déséquilibre des forces était flagrant et, à leur place, beaucoup se seraient fait du souci. Ni l’un ni l’autre, pourtant, ne s’en préoccupa réellement. La force de l’habitude, peut-être.
La bagarre allait bon train et Mark s'amusait beaucoup. La faible pesanteur de la planète lui permettait quelques déplacements et autres acrobaties plutôt déroutants pour ceux qui tentaient de s'en prendre à lui. Cette technique de combat l'avait vite gratifié d'un avantage constant sur ses adversaires, avantage qui ne faisait que redoubler leur fureur et leur désir d’y mettre un terme.
Affirmer que tous les clients du bar s’étaient laissé emporter par l’embrasement général aurait été un mensonge. Près de la porte, un homme était resté assis à regarder la scène avec indifférence. Son évidente apathie avait, en soit, déjà quelque chose d’étonnant, mais le plus curieux était ailleurs. Comment ne pas relever ces deux détails ? Il portait une tenue militaire noir-argent, chose rare en ces temps troublés où l'uniforme était un véritable appel à l’agression, et son front arborait une sorte de cristal aux éclats rouge sang.
Etrange et fascinante, cette pierre incrustée au sein de sa peau n’avait rien d’un simple élément d’apparat. Grâce à elle, à des années lumières de là, quelqu'un d'autre fut en mesure d'assister aux mêmes évènements comme s’il y était.
— Qui est-ce ? demanda une voix caverneuse tandis que le corps de Cobra se projetait en trois dimensions au-milieu d'une pièce sombre, très grande, de forme circulaire.
Un homme, portant lui aussi un uniforme noir-argent et un cristal sur le front, se tourna vers la sphère opaque d'où provenait la voix avant de considérer l'hologramme sans grand intérêt.
— Il s'agit d'un pirate qui se fait appeler Cobra, répondit-il ensuite. Depuis les guerres, il s'est recyclé dans le mercenariat. Comme voleur, il avait une assez grosse carrure, reprit-il au bout d’un bref silence. Il a participé à la guerre contre Drassoria il y a plus d’un an. On dit qu’il a été l’une des causes la défaite de l'empire.
— Intéressant..., murmura la voix. Très intéressant…
L'hologramme disparut tandis que la sphère reprenait ses questions.
— Où en est-on avec les terriens ?
Bogus fit une moue ennuyée.
— Nous n’avons pas réussi à récupérer la première partie de l'installation. Un vaisseau est venu à leur secours alors que nous allions les aborder et nos hommes ont dû abandonner l'attaque.
— Un seul vaisseau a pu retourner une situation qui était pourtant en notre faveur ? répéta la voix de toute évidence agacée.
— Il ne s'agissait pas de n'importe quel appareil, se défendit Bogus. C'était le Phoenix,...il appartient à Cobra.
— Décidément, ce pirate est très intéressant..., murmura la voix, songeuse. Très bien, reprit-elle ensuite d’un ton sec. Fais en sorte que ce contretemps n’empêche pas la préparation la seconde phase des opérations. Les terriens vont bientôt transporter la plus importante partie de l'installation, alors je compte sur toi pour ne pas rater cette mission. Il nous la faut absolument. Je te préviens, je n'accepterai pas aussi facilement un nouvel échec de ta part.
 Bogus s'inclina avec respect puis sortit de la salle sans plus attendre.

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Published by Sandy - dans Mes "oeuvres"
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