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Tome 2 - Episode 31



      A deux sur une cyclian, ce n’était déjà par facile, surtout à travers champs et forêt, mais lorsque le passager n’y mettait pas du sien, cela devenait tout simplement acrobatique. Graig fit de son mieux. Probablement galvanisé par la menace qui pesait sur eux, il alla même plus loin qu’il ne l’aurait cru possible. Les crampes et surtout cette impression toujours plus forte que l’équilibre devenait précaire derrière lui furent malgré tout les plus fortes, le faisant capituler au bout d’une heure.
   - Ca m’étonne pas, fit Davar en revenant à sa hauteur après l’avoir vu s’arrêter du coin de l’œil. Je crois que cette fois il est loin... Tu ne veux pas que je le prenne sur la mienne un moment ?...
   Graig répondit d’un simple signe négatif de la tête avant de laisser échapper un soupir.
   - Dis, je suppose qu’il y a rien pour commencer à le soigner dans ta bergerie...
   Davar n’eut pas à donner de réponse, sa moue ennuyée suffit.
   - Il est vraiment inconscient ? reprit Graig en désignant son passager du menton.
   - Bin... oui... pourquoi ?
   Parce qu’il n’apprécierait pas ce qu’il avait l’intention de faire. Doucement, il se saisit du bras gauche de Mark, utilisa sa main pour activer le brassard et déclencha un signal d’appel sur la montre de Geln.
   - Mark ?
   - Non..., répondit Graig. C’est moi. J’ai pas beaucoup de temps, alors écoutes bien. Il faut que tu la ramènes au refuge 7 le plus vite possible. Dis lui de prendre tout ce qu’elle peut avec elle en matériel médical.
   - Elle ? Euh...tu veux dire...
   - Oui « elle », le coupa Graig qui avait le vague sentiment qu’au son de ce prénom Mark pourrait bien retrouver la réalité.
   Et ce n’était pas le moment.
   - Ca c’est mal passé... ?
   Il avait plus posé là une constatation qu’une question.
   - Y’a beaucoup de blessé ? Mark aussi ?
   Deux morts, un blessé et un disparu... Mais cela valait-il vraiment la peine d’en parler maintenant ?
   - Ouais... Bon, faut que je coupe là. Faites au plus vite mais attention : les Zorgiens vont être sur les dents, ça va vraiment être dangereux.
   - Il en a de bonne lui..., murmura Geln en fixant sa montre redevenue muette.
   Par qui commencer pour les mauvaises nouvelles ? Il préféra opter pour Prilor et partit aussitôt en direction de la zone d’entraînement. Son arrivée au bord du terrain n’avait rien en soit d’exceptionnel, mais le vieil instinct du Sarthmors s’était éveillé à l’instant où son regard s’était posé sur lui.
   - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il en le rejoignant.
   - J’en sais trop rien, répondit Geln dans un soupir, mais quelque chose a dû foirer. Il faudrait me conduire avec Leah au refuge 7 tout de suite, c’est possible ?
   - Je vais en parler au conseil, mais je ne vois pas de problème.
   - Juste une chose... Graig m’a dit que les Zorgiens allaient être partout...
   Prilor comprit parfaitement où il voulait en venir, mais il se contenta de lui répondre d’un sourire serein.
- Je m’occupe de tout. Allez préparer ce qu’il vous faut à la réserve.
   Geln le regarda s’éloigner dans un léger soupir. Restait à trouver Leah et ce n’était pas la partie la plus facile. Il commença par l’infirmerie, mais elle n’y était pas. Il continua par « l’école », puis la cantine avant de se diriger vers sa grotte privée. La porte était ouverte. Il ralentit le pas mais finit par l’atteindre. Elle était bien là, en train de ranger les vêtements que d’autres femmes du refuge lui avaient offerts. Elle se rendit compte de sa présence un peu par hasard. Il n’avait encore rien dit, mais elle sut, à l’instant même où leurs regards se croisèrent. Son cœur se serra.
   - C’est grave ? demanda-t-elle simplement.
   - J’en sais rien..., répondit-il. Graig nous demande de le rejoindre d’urgence avec du matériel médical.
   Leah n’ajouta rien de plus. Après avoir reposé sa pile de vêtement sur le lit, elle sortir de la grotte et prit la direction de l’infirmerie. Geln lui emboîta le pas, sans un mot.
   - Tu veux que je t’aide ? demanda-t-il une fois arrivé à destination.
   - Non, c’est bon...
   Ne sachant trop que faire, il s’appuya contre l’encadrement de la porte et le regarda s’activer d’un coin à l’autre de « son antre ».
   - Voilà. Je suis prête, fit-elle au bout de quelques minutes.
   Tous deux venaient d’entamer une nouvelle traversée de cratère lorsque la silhouette de Tamra se dessina sur leur parcours.
   -  Aïe... Je l’avais oubliée celle-là, se dit Geln tandis que ses pas le conduisaient inévitablement vers elle.
   - Prilor m’a dit..., commença-t-elle sans trop savoir elle-même si elle voulait avoir des réponses à ses questions. Est-ce que...
   - Graig va bien.
   Elle fut envahie d’un mélange de soulagement et d’angoisse. Pourquoi cette précision ? Et puis, Leah avait l’air si... Il était arrivé quelque chose à son frère ! Son regard suffit seul à faire comprendre toute l’étendue de son angoisse.
   - Je suis désolé, fit Geln, mais je n’en sais rien.
   Il avait craint qu’elle ne veuille s’imposer en apprenant où ils avaient l’intention d’aller mais, à son grand étonnement, elle ne demanda rien. Elle se contenta de les accompagner jusqu’à la réserve. Prilor les y attendait.
   - Shavia va vous conduire jusqu’au refuge, fit-il en désignant la jeune femme qui l’accompagnait. Si vous tombez sur un barrage, vous passerez plus facilement. Les Zorgiens recherchent des hommes, pas des femmes. Donnez-moi vos poignets, poursuivit-il en se saisissant déjà d’un bracelet d’identification. Ce sont des prototypes, mais j’ai suffisamment confiance en mon ami Telnas pour les inaugurer avec vous. Il les a confectionnés avec un matériel digne des administrations zorgiennes. Selon lui, ils sont capables de passer leur contrôle comme des vrais.
   - Y’a plus qu’à espérer qu’il dise vrai..., se dit Graig en regardant le bracelet se refermer autour de son poignet.
   - Vous allez pouvoir gagner un peu de temps, reprit Prilor qui s’occupait maintenant du bras de Leah. Deinor et son frère sont passés tout à l’heure nous livrer quelques légumes. Ils ont été d’accord de nous laisser leur charrette. Ils prendront la nôtre chez la famille Dranlon en attendant qu’on la leur rapporte.
   Le gain était appréciable, quatre heures de marche au moins. En plus, ils n’y perdaient pas au change. Les liens entre les Sarthmors du volcan et les trois seules familles paysannes alentour étaient suffisamment forts pour que ce type d’échange soit fréquent. Du coup, toutes les charrettes étaient munies de ce même double-fond central tout à fait pratique. Il n’était pas bien grand, mais il était discret et utile pour y déposer un matériel qu’il aurait été suicidaire de laisser à porté de main lors d’un contrôle, même de routine.
   - Si vous voulez y aller c’est bon, fit Elden en passant la tête par la porte de la réserve. J’ai fait le tour des guetteurs. Tout est tranquille dans le coin.
   - Bien, appondit Prilor. Alors je n’ai plus qu’à vous souhaitez bonne chance...


   Lorsqu’il aperçut cette maisonnette à flanc de colline, perdu loin de tout, Graig sentit cette fatigue qu’il essayait d’ignorer l’assaillir plus fort encore. Ils y étaient arrivés, enfin.
   Les derniers mètres furent certainement les pires. Davar l’avait bien compris. Il donna un coup d’accélérateur, se dépêcha d’aller ouvrir les portes de la grange et y rangea sa moto le temps qu’il le rejoigne.
   - Bouges pas ! J’arrive ! lança-t-il alors que Graig coupait le moteur.
   Il referma soigneusement l’accès au petit hangar puis se précipita pour l’aider à se défaire enfin de sa charge.
   - Ouah, il est brûlant de fièvre...
   - Je sais, répondit Graig qui avait eu tout le temps d’apprécier cette montée de température durant leur dernière heure de route.
   Il fit un ou deux mouvements pour dégourdir quelques muscles tétanisés puis quitta sa cyclian dans un soupir de soulagement.
   - Par là, fit Davar en lui montrant une petite porte du menton tandis qu’il passait l’un des bras du blessé par-dessus son épaule.
   De la grange, ils passèrent dans la partie « habitation » de la bergerie. Tout était très simple. Graig découvrit une seule et grande pièce qui faisait à la fois office de chambre avec son lit, de cuisine avec sa table, ses tabourets et sa cheminée et d’atelier avec cette rangée d’outils alignés en un ordre parfait contre le mur.
   - Eh bee, il est pas léger, fit Davar en se décrochant de son fardeau.
   Mark retomba mollement sur le lit de paille. Abruti par la fièvre, l’infection et la douleur, il était toujours dans un état de semi-conscience qui le laissait loin de la réalité. Graig le fixa d’un air ennuyé. Il ne savait pas le temps que mettrait Leah à les rejoindre et cette fièvre ne lui disait rien qui vaille. Comprenant son inquiétude, Davar prit les devants.
   - Y’a un ruisseau pas loin. Si tu veux, je vais y tremper un drap, ce sera déjà ça.
   Graig approuva d’un signe de tête. C’était mieux que rien.
   Concentrés sur leur blessé, préférant l’être en tous cas pour ne pas repenser à la journée qu’ils venaient de passer, les deux hommes parlèrent peu. Ils glissèrent ainsi vers la fin de la journée dans un calme trompeur. Plein de choses passaient dans leurs têtes : l’attente de leurs compagnons, la crainte des recherches zorgiennes, l’envie de se reposer, l’impossibilité de se laisser aller.
   Le drap gavé d’eau glacé fit suffisamment d’effet pour ramener Mark vers un état de conscience qui le fit s’agiter au point d’essayer de s’asseoir. Graig l’en empêcha.
   - Tu ferais mieux de rester tranquille, fit-il ensuite en remettant le drap à sa place.
   - Où on est ?
   - Dans un de leur refuge... une bergerie...
   - Loin du temple... ?
   - On devrait être tranquille
   - Quand est-ce qu’on repart ?
   Graig secoua la tête d’un air découragé. Se rendait-il bien compte de l’état dans lequel il était ? A l’évidence non. Il avait d’ailleurs parlé en intergalacte sans même y faire attention.
   - Pas avant que Geln et Leah nous aient rejoints..., répondit-il finalement.
   Il savait bien que la nouvelle n’allait pas le faire bondir de joie, mais il préférait qu’il soit au courant avant qu’elle n’arrive. Et la réaction ne se fit pas attendre. Mark s’était à nouveau retrouvé assis, furieux.
   - Bon sang ! Pourquoi tu lui a fais quitter le volcan ?
   Il avait déjà la main sur son brassard alors que Graig essayait de le recoucher.
   - C’est trop tard, ils sont partis depuis un moment. On n’avait pas le choix, reprit-il en le repoussant plus fort cette fois. Ta blessure est en train de s’infecter, tu as une fièvre monumentale et on n’a rien pour enrayer ça. Tu risques d’y passer ! On n’est pas chez nous là !
   Trop fatigué pour résister, Mark dut abdiquer. Il se laissa retomber sur le lit mais ne se gêna pas pour lui faire connaître tout le bien qu’il pensait de son initiative, dans sa langue natale cette fois.
   - Qu’est-ce qu’il dit là..., demanda Davar curieux.
   - J’en sais rien et, crois-moi, je préfère pas savoir...


 
Texte sous protection juridique auprès de Copyright France (12 mars 2008)

 

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Par Sandy - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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