Mes mondes
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Tome 2 - Episode 30 |
Ils avaient rejoint leur voiture assez facilement
et n’avaient pas tardé à s’enfiler dans la colonne déjà en train de se former en direction de la faille. Ils n’étaient pas les seuls à avoir envie de quitter le sanctuaire. Qu’importe si
leurs désirs ne puisaient pas dans les mêmes raisons. Rien ne les différenciait de ces pèlerins, Zorgiens ou Dariens pressés de retourner chez eux, et c’est tout ce qui comptait.
La procession fut lente et silencieuse. Les relents du spectacle auxquels tous avaient assisté pesaient sur l’atmosphère comme la lourdeur menaçante d’un orage. Telnas jetait de
temps à autre un œil dans son rétroviseur. Il eut souvent envie de dire quelque chose mais avait toujours renoncé. Que dire qui puisse réellement les soulager ? Il prit donc le parti de se
taire et respecta ce choix jusqu’à ce qu’ils soient en vue de la sortie de la faille.
- Ils ont mis un barrage, fit-il simplement.
Son souci était relatif. Il avait toute confiance dans les cartes d’identité qu’il avait confectionnées. Son matériel était plus que fiable : c’était le même qu’utilisait
l’administration zorgienne. Si rien de particulier n’attirait l’attention des soldats, il n’y avait aucun raison qu’ils s’intéressent à eux. Leurs cibles étaient précises : deux adolescents
en fuite, une princesse et un Olans accompagnés d’un chien. Eux étaient trois, un père et ses fils, en voiture. Ils portaient tous le sigle zorgien, leurs papiers étaient en règle.
Tous ces pèlerins déjà en train de remonter la faille fut une véritable bénédiction. Renvoyé en écho depuis le fond de la crevasse, le bruit des véhicules zorgiens noya celui de
leurs cyclians lancées à toute allure à travers un tapis de forêt et de rocailles.
Davar était parti devant. Entre sa carte et ce qu’il savait des alentours, il avait pris sur lui de les conduire jusqu’au pont en un minimum de temps. Collé à sa roue arrière, ne
cherchant jamais à ralentir même s’il ne voyait pas toujours où il allait, Graig le suivait sans se poser de question. Il valait d’ailleurs mieux. Il s’était lancé sur un coup de tête et
savait n’avoir qu’un tout petit coup d’avance sur les Zorgiens. C’était peu, il n’avait pas vraiment de plan, ils n’étaient que deux : c’était de la folie.
Après s’être expulsés d’un immense fourré, les deux cyclians rebondirent sur un petit chemin de terre au-milieu duquel Davar freina d’un geste sec.
- Voilà, fit-il en montrant l’autre bout du sentier. Si on continue par là, on arrive directement sur la voie principale et ensuite c’est le pont.
- Ok, fit Graig en s’époussetant un peu. On rejoint la route et on passe de l’autre côté. Tu passeras devant et tu m’attendras.
Les deux hommes remontèrent le chemin à une allure modérée puis s’enfilèrent sur la voie goudronnée. Le trafic était régulier, mais calme. Le pont, à quelques centaines de mètre
de là servait de régulateur. Il n’était pas possible de s’y croiser, il était étroit, configuration qui obligeait les véhicules motorisés à se ranger au rythme des charrettes.
Arrivé à la hauteur de pont, Graig s’arrêta sur la bas côté de la route. Feintant une envie de se dégourdir un peu, il fit quelques mouvements, s’appuya sur sa cyclian puis
ouvrit l’un des coffres arrière. Il en sortit deux petites plaques magnétiques. Elles faisaient partie des réserves importées avec eux à travers la barrière. Ce matériel était précieux, il le
savait bien, mais il avait besoin de « gros » moyens. Bombes magnétiques pas plus large que sa main, il savait qu’à elles seules elles pourraient pulvériser ce pont.
Nonchalamment, il en déposa une première sur l’un des éléments extérieurs de soutien, à un mètre de la terre ferme, puis passa tranquillement de l’autre côté pour faire de même.
Il attendit encore un peu, observant les lieux avec attention, cherchant ses points de repère à venir. Il retourna ensuite vers sa cyclian puis rejoignit Davar qui s’était arrêté à l’écart de
la route, derrière une rangée de petits arbustes.
- Ils auront besoin de toute la place pour passer avec la camionnette, fit Graig en venant s’asseoir sur le rocher où son compagnon avait pris place.
- Y’a pas mal de monde..., fit Davar en regardant la colonne de pèlerin en train de quitter le domaine du sanctuaire.
- Je sais..., répliqua-t-il dans un soupir. Faudra faire en sorte que personne ne les suivent sur le pont. De toute façon, les connaissant, ils vont sûrement s’arranger pour
passer devant tout le monde. Ca devrait laisser un temps de battement avant que le trafic ne reprenne.
Ensuite, il espérait que les explosions et l’instinct de survie suffiraient à faire place nette.
- Je ne sais pas dans quel ordre ils vont débarquer, mais quoi qu’il se passe, reprit Graig, tu t’occupes de nettoyer tout ce qui arrive de ce côté.
Sur ce, il se saisit du fusil qui dépassait de la sacoche arrière, il la déballa du tissus dans laquelle elle avait été emballée puis partit en direction d’un petit monticule
repéré depuis le pont. Davar le regarda s’éloigner non sans un profond soupir.
- « Démerdes-toi » quoi...., murmura-t-il.
Graig venait de s’installer au haut d’un monticule d’arbres et de roche lorsque la voiture de Telnas passa sur le pont. Ils furent si proches les uns des autres l’espace de
quelques minutes, mais comment auraient-ils pu le savoir ? Graig surveillait déjà la route venant du sanctuaire, invisible sur son perchoir. Et quand bien même aurait-il été au bord de la
route, Benji ne l’aurait pas vu, perdu dans ses pensés, si loin de toute réalité.
C’est un concert de klaxon qui annonça l’arrivée du commando. Graig les entendit bien avant de les voir surgir au bout de cette route qu’il n’avait pas quitté des yeux.
- Les deux cyclians, le camion, la trixial..., murmura-t-il au fil des apparitions.
L’équipage remontait la colonne à vive allure, se frayant un passage parmi des véhicules, des charrettes et des piétons très soucieux de ne surtout pas se retrouver sur leur
chemin. C’était un peu le cahot derrière eux, mais personne n’aurait osé dire quoi que ce soit, surtout pas après ce qui venait de se passer au sanctuaire.
Arrivés au pont, il leur fallut ralentir, s’arrêter même. Un char s’y était déjà engagé et hormis terminer sa course, son propriétaire ne pouvait malheureusement pas faire
grand-chose d’autre. L’obstacle eut le don d’agacer les motards qui le suivirent de près, cherchant à lui faire comprendre combien il avait intérêt à faire vite. Derrière, le conducteur du
camion fut moins pressé. Le voyage allé lui avait déjà réservé quelques surprises et il préférait, cette fois, passer en douceur. Derrière, comprenant qu’il n’était pas utile de s’énerver,
les passagers de la trixial prirent leur temps pour s’engager sur le pont.
Graig observait leur avance seconde après seconde. Au bout de son fusil, miracle de la technologie zorgienne, il était possible de joindre un tube censé étouffer les détonations.
Cette arme n’avait qu’un but, immobiliser la voiture qui suivait la trixial de loin, pas pressée de s’engager sur le pont à sa suite. De l’autre côté de la passerelle, les slaks et leur
charrette arrivèrent enfin à destination. Les cyclians donnèrent un coup de gaz, mais le reste du convoi ayant gardé son allure paisible, elles furent obligées de faire le tour du char pour
revenir en arrière le temps que le camion s’extirpe à son tour.
- Maintenant !
Il tira dans le pneu avant de la voiture qui s’immobilisa, provoquant un léger bouchon. La seconde suivante, il déclencha la première bombe à distance. Il avait choisi de
commencer par le côté où se trouvait la trixial. La force de la déflagration fissura le pont d’un trait net juste en dessous du véhicule. Alors qu’il était emporté au fond du ravin avec un
bon tiers de la construction, Graig pressa une seconde fois sur sa télécommande. La bombe placée du côté camion explosa à son tour, réduisant le passage à néant dans une déferlante de bruit
et de poussière.
Davar avait sauté hors des fourrés mitraillette à la main dès la première déflagration, arrosant les deux motards sans même chercher à viser. Frappé en plein front par une balle
perdue, le conducteur du camion s’affaissa sur son volant. Son pied étant resté sur l’accélérateur, le véhicule poursuivit sa route dans un large virage puis percuta un rocher qui le fit se
retourner. Deux soldats sortirent de l’arrière du véhicule en titubant. Parfaitement positionné, Graig attrapa son fusil, visa en pleine tête et les abattit sans le moindre sourcillement.
- Dégagez ! hurla Davar en lâchant une rafale en direction des pèlerins que l’attaque avait figés sur place, pris entre stupeur et angoisse.
Ces balles venues mourir à leurs pieds suffirent à donner le signal du départ. Qu’importe ce qui était en train de se passer. La journée avait déjà été suffisamment éprouvante
comme cela pour rester traîner dans une zone qui avait toute les chances de devenir un champ de bataille.
- Continue à surveiller ! cria Graig en passant devant lui au pas de course.
Il avait dévalé le monticule à toute vitesse. Même lorsqu’il faillit terminer sa descente par une douloureuse étreinte du sol il ne ralentit pas son allure. Une seule idée le
hantait, savoir dans quel état se trouvait Mark.
Seul un pan de porte était ouvert, celui qu’avaient repoussé les soldats pour sortir après l’accident. Par prudence, il se baissa et jeta un œil à l’intérieur, son fusil à la
main. On ne savait jamais, il pouvait y avoir d’autres gardes. Mais il n’y avait rien, rien que ce corps pieds et poings liés recroquevillé à l’autre bout du camion. Lâchant son arme,
il se précipita vers lui.
- Mark ? lança-t-il en le tournant vers lui.
Il retint son souffle l’espace d’un instant. La brûlure qui lui couvrait les yeux telle un bandeau était vraiment impressionnante.
- Oh ! Tu m’entends ?
Cette fois, il l’avait secoué. Il avait trop peu de temps devant eux pour faire dans la douceur. Ramené vers plus de réalité, Mark eut droit à l’accueil d’une douleur
terrible.
- Graig... ? murmura-t-il dans un souffle.
Il était suffisamment conscient pour l’avoir reconnu. Voilà qui était une bonne nouvelle. Il n’osait imaginer comment ils auraient dû s’y prendre pour le transporter si cela
n’avait pas été le cas.
- Attends, lâcha-t-il en le voyant bouger. Je vais te détacher. Davar ! cria-t-il ensuite. Ramène-moi une cyclian ! Bon, reprit-il une fois les liens coupés. Faut qu’on sorte de
ce camion... Tu peux te mettre debout ?
Mark répondit d’un simple mouvement de tête. Aidé de Graig, il se releva, tant bien que mal. Comprenant que la partie n’était pas gagnée d’avance, surtout avec cette porte à
moitié fermée, son compagnon s’arrangea pour passer son bras autour de ses épaules puis tous deux s’extirpèrent du camion du mieux possible.
- Laisse le moteur en marche, fit-il alors que Davar venait s’immobiliser devant eux. Tu peux me le tenir un moment...
Le jeune Sarthmors se tourna vers eux juste après s’être dégagé de la cyclian. Il n’esquissa pourtant pas le moindre geste, impressionné à la vue de la blessure qui balafrait ce
visage.
- Hé ! Tu te bouges ! lança Graig agacé.
- Hein ? Euh oui ! Excuse...
Sitôt son compagnon en travers de la moto, il dirigea Mark pour qu’il prenne place derrière lui.
- Tu tiendras... ? demanda Graig.
- J’en sais rien...
Venant de lui, ça voulait tout dire.
- Va prendre des cordes dans le camion et attache-nous ensemble.
Davar fit l’aller-retour le plus vite qu’il put. Tandis qu’il passait les liens autour de la taille des deux hommes, il se permit une question qui lui tenaillait le ventre depuis
un moment.
- On fait quoi maintenant ?
Retourner au volcan était impossible. C’était trop loin. Le coin allait fourmiller de soldat dans très peu de temps et ils auraient du mal à passer inaperçu avec leur blessé. On
finirait par les repérer. Prendre le risque de mener leur ennemi aux portes de leur refuge principal était hors de question.
- Qu’est-ce que vous avez comme point de chute dans la région ?
- J’en vois qu’un seul... Le refuge 7. C’est une bergerie à deux ou trois heures de route. Elle est toujours en activité, mais on est plutôt lié avec le berger depuis que Prilor
a réussi à sauver sa fille d’une mauvaise fièvre.
Deux ou trois heures. C’était énorme, à bien des égards. Mais avaient-ils seulement le choix ?
- Je te suis...
Davar enfourcha sa cyclian et démarra dans un nuage de poussière.
- Accroche-toi ! lança Graig juste avant de faire de même.
Daran tournait en rond sans savoir que faire. Partir oui, mais comment. Son bracelet d’identification était une réplique parfaite, mais ce n’était qu’une réplique. Elle ne
tiendrait jamais face à un véritable contrôle et il ne pouvait croire que des barrages n’avaient pas été mis en place autour du sanctuaire.
Cela faisait déjà bien plus d’une demie heure que le camion qui avait emmené Mark était partit et le reste du commando, lui, était toujours là. Plus il s’attarderait, plus il
serait en danger. Cette idée avait le don de faire place nette dans son esprit, l’empêchant de penser à une façon de se sortir de là.
- Tiens, ils ont l’air de s’agiter...
Il suivit d’un œil curieux ce soldat qui courait vers le temple. Il ne fut pas long à rejoindre son supérieur. Il était de toute évidence très excité, car l’information qu’il
avait à lui transmettre fut accompagnée de grands gestes.
- Pas une bonne nouvelle on dirait..., murmura-t-il en voyant Alen se laisser aller à un mouvement de colère très explicite.
Il était trop loin pour entendre les échanges qui suivirent, malheureusement pour lui. Il aurait probablement apprécié d’apprendre que ces compagnons avaient osé s’attaquer au
convoi.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- On ne sait pas grand-chose.... L’équipe chargée du barrage a entendu un appel de détresse lancé par Krilor. Trois de nos hommes sont partis sur leurs traces, mais en
arrivant au pont, ils ont découvert qu’il avait été détruit.
De moins en moins à l’aise sous le regard glacial de son supérieur, Tenvas expliqua le tableau qui s’était offert à leurs yeux : une trixial en cendre au fond du ravin, un camion
sur le flanc, leurs hommes abattus.
- Bien évidemment, il n’y avait plus personne.... Ils ont essayé d’obtenir des informations des pèlerins restés sur place, mais c’est plutôt vague. Apparemment, de l’autre côté
du pont, ça été le sauve-qui-peut général. Tout le monde est parti dans tous les sens. Impossible de dire quelle direction ils ont prise.
De cet amas d’informations, Alen ne retint qu’une chose : le prisonnier, « son prisonnier », s’était échappé. Il sembla faire un effort considérable pour ne pas laisser sa rage
exploser.
- Réunis tout le monde, on s’en va ! ordonna-t-il après avoir pris une profonde inspiration.
En moins de dix minutes, les hommes du commando furent regroupés, répartis entre les véhicules et lancés hors du sanctuaire, prêts à poursuivre ceux qui avaient eu l’audace de
les défier.
Daran les regarda disparaître au creux de la faille d’un air incrédule. La porte de la cage venait de s’ouvrir toute seule. Il était libre, il était vivant. Non, là, il
n’arrivait pas à y croire.
Texte sous protection juridique auprès de
Copyright France (12 mars 2008)
J'avoue ne pas avoir tout lu, faute de temps, mais je vais remédier à ça dès que je serai en vacances !
Ah au fait, tu as été taguée
Bizzzzzzzzz